11 avril 2006

Pour Tutta. Interview "Sport-Dimanche"du 9 Avril 2006

Journaliste homme : "...en tous cas quoiqu'il arrive vit une période particulièrement faste grâce à 3 sportifs d'exception.
Un trio exceptionnel : Roger Federer, Tom Lüthi et bien sûr Stéphane Lambiel. 3 champions du monde, 3 personnalités complètement différentes. Merci encore une fois à Stéphane Lambiel de bien vouloir participer à cette émission.
Stéphane. Depuis le 17 mars 2005, jour de votre premier sacre mondial à Moscou, en fait c'est tout un monde qui s'est construit ou reconstruit autour de vous. En douze mois vous êtes devenu une véritable star. Comment faites vous pour électriser pareillement le public?


Stéphane :"Ben j'essaie rien du tout(soupir). J'essaie rien du tout. J'essaie simplement de continuer mon planning c'est à dire les entrainements et puis les compétitions. Et j'essaie de gagner. J'essaie d'être le plus fort. C'est vrai que c'est pas toujours facile mais j'ai un entourage qui me soutient énormément et puis...Voilà. Maintenant c'est du repos. C'est autre chose. Il faut savoir faire les entrainements et puis les à-côtés.

Journaliste femme : "Justement vous avez pris le temps de souffler là, de fêter vos 21 ans depuis la fin de la saison, il y a 2 semaines?

Stéphane : "Exactement. Là ces 2 dernières semaines j'ai vraiment pu fêter mon titre de Calgary. La saison aussi puisqu'elle était vraiment très très longue. Et mon anniversaire. J'ai la chance d'avoir l'anniversaire en fin de saison. C'est assez pratique. Comme ça on fait...

Journaliste homme : "C'était le 2 avril, c'était ça?"

Journaliste femme : "dimanche passé"

Stéphane Lambiel : "Le 2 avril oui. Tout à fait."

Journaliste femme:" La saison-on vient de le dire-s'est terminé il y a deux semaines avec ce titre mondial à Calgary.
Si on revient justement sur l'ensemble de cette saison, sur les trois compétitions majeures : Championnats d'Europe, Jeux Olympiques, Championnats du monde, il y a (il me semble) un constat global qui s'impose, c'est qu'au niveau du mental, de la solidité mentale, vous avez vraiment pris une dimension supplémentaire


Stéphane Lambiel : "ben c'est peut-être aussi du fait que ma préparation physique était très très bien organisée. Donc si on se sent bien dans son corps, on se sent prêt à attaquer. On se sent aussi beaucoup plus fort dans la tête. J'ai jamais eu de doutes cette saison. Je savais que j'avais les moyens d'arriver au sommet puisque j'ai gagné à Moscou et à partir de là j'ai vraiment tout donné. Donc je suis arrivé à Turin-c'est clair-affaibli avec une blessure. Mais j'ai tout donné. J'avais aucun doute. Je savais que cette médaille elle était faisable et ça s'est vu à la compète quoi. Les jeux olympiques c'est un moment très très fort où pas mal de gens craquent et c'est celui qui craque le moins qui reste sur le podium.

Journaliste femme: "Si on revient dans l'ordre dans les compétitions de la saison à Lyon c'était la répétition générale et les championnats d'Europe avant les jeux olympiques. Est-ce qu'à ce moment là avec la victoire de Pluchenko vous avez senti que le titre olympique lui était promis cette saison?

Stéphane Lambiel : "ben c'est clair qu'au début de la saison on a dit aux Jeux Olympiques ça va être domination russe dans les quatre disciplines. Moi je me suis entraîné pendant 15 ans pour gagner le titre. Je ne veux pas me dire : "bon, ben on va aux Jeux Olympiques pour gagner la médaille d'argent". Donc j'ai tout le temps espéré que cette médaille d'or était faisable. Et puis après ben j'ai été très satisfait de la médaille d'argent.

Journaliste femme :"Pluchenko. Quelles sont vos relations avec lui? On a un peu monté la sauce cette saison. C'est vrai. Le duel Lambiel/Pluchenko. On la vu un petit peu partout. Jusqu'à présent il était un petit peu condescendant quand même avec vous. Par contre maintenant, vous vous posez comme un vrai rival pour lui. Quelle genre de relation vous avez avec Evgeni Pluchenko?

Stéphane Lambiel
: "Je crois qu'on a beaucoup de respect, l'un envers l'autre et puis c'est pas la guerre comme avec Yagoudine il y a 4 ans. C'est beaucoup plus sain. Et c'est vrai que pendant la compétition on parle pas vraiment avec les autres concurrents. C'est plutôt chacun sa manière de se préparer, sa manière de s'échauffer. Et puis après la compétition c'est différent. La tension est partie et on a beaucoup plus de contacts. En plus là on va partir en tournée. Y'aura Pluchenko, y'aura d'autres patineurs américains. Et là on a beaucoup plus de contacts qu'eux pendant les compétitions.

Journaliste femme :"Mais y'a les petits coups d'intox, des petites choses qui se passent vraiment qui font qu'il y a des inimitiés dès fois qui naissent?"

Stéphane Lambiel : "ben en tous cas si y'en a je ne fais pas vraiment attention. J'essaie d'être vraiment discret. Donc quand j'entre dans les vestiaires, moi,  je pose mes affaires, et puis je vais tout de suite m'échauffer. J'essaie pas vraiment de jouer un jeu. J'veux dire..Il faut que je me batte quand j'arrive sur la glace. Je suis seul devant les juges, je dois tout montrer. Et y'a pas de tension entre les patineurs. Et s'il y'en a c'est pas à cause de moi.

Journaliste femme :"Vous disiez tout à l'heure "les Jeux Olympiques c'est évidemment le rêve de tout le monde", y'a 15 ans que vous vous y prépariez. Là cette année, ça a vraiment été la tuile. 10 jours avant, cette blessure au genou...Est-ce qu'il ya eu un petit moment de doute pendant lequel vous vous êtes dit : "mince, je ne vais pas pouvoir y aller"?

Stéphane Lambiel:"C'était assez dûr l'attente en fait, des résultat de l'IRM et c'est vrai que quand on a vu les résultats c'était plutôt négatif et là j'ai beaucoup pleuré comme on le voit aussi sur ces images, mais c'était plutôt des larmes de tristesse.
J'étais très choqué parceque quand on se prépare pour un grand évènement comme ça qui est que chaque 4 ans. Et voilà, qu'on a une chance de médaille, ben c'est clair que ça fait mal d'être blessé 10 jours avant une grande compète comme les Jeux Olympiques.

Journaliste femme :"puis après sur le moment. Une fois la décision prise "c'est bon je peux aller à Turin" qu'est-ce qui a été le plus dûr sur place? De faire abstraction de cette douleur ou bien de gérer tout le déchainement médiatique qui a commencé à y'avoir justement autour de "Stéphane Lambiel pourra t-il vraiment défendre ses chances comme il faut?"

Stéphane Lambiel :"Ouais j'ai pas vraiment regardé autour de moi. Ce qui était dûr en fait c'était la nervosité qui était en moi. Là c'était très dûr à gérer parcequ'il y'avait beaucoup d'attente et la journée du programme libre à Turin était la journée la plus longue de ma vie je pense. D'attendre dans ce village olympique, on est enfermés, comme des lions en cage. Et puis on a le droit de sortir que sur la glace que pour montrer des quadruples et des triple axels et compagnie. Donc c'était une très très longue journée et je pense que cette impatience là était dure à gérer.

Journaliste femme : "c'est différent vraiment une médaille olympique? Ben là vous en avez déjà eu plusieurs. Maintenant de différentes sortes. C'est quand même autre chose?

Stéphane Lambiel : "Là je crois que la médaille olympique elle est bien différente oui. Et puis c'est vrai qu'à la maison elle est différente des autres. Les autres elles sont toutes pareilles...

Journaliste femme: "Elle est placée spécialement"?

Stéphane Lambiel : "Celles qui viennent de l'ISU en fait sont semblables. Quels soient en argent, en or...elles ont tout le temps la même forme, la même grandeur. Alors que celle des Jeux elle va changer de celles de Vancouver quoi.

Journaliste femme à journaliste homme:" vous vouliez poser une question.Jean-François, vous vouliez poser une question?"

Journaliste homme: "Euh oui. Si vous voulez. J'ai une question qui me taraude effectivement. Lorsqu'on est un danseur, lorsqu'on est un artiste, vous l'êtes, un patineur, quand on exerce une activité comme celle-là, on a le sentiment qu'on doit être plutôt des exhibitionnistes. Est-ce que vous êtes exhibitionniste, vous aussi?

Stéphane Lambiel : sans réponse. Gêné.

Journaliste Homme : "On vous sent très timide quelque part. Exerçant une activité comme celle-là on doit pouvoir se sortir de soi-même par moment.

Stéphane Lambiel : "ben la glace je pense que c'est mon domaine. Donc chacun a son domaine et je me sens bien quand j'arrive sur la glace, quand j'ai mes patins au pied. Euh.. C'est clair que d'un côté j'ai une partie de moi qui aime se montrer puisque le patinage est un sport de spectacle. Mais j'aime aussi être discret, avoir ma vie, faire mes choses d'une certaine manière et c'est agréable d'avoir ces 2 extrêmes.

Journaliste homme: "Vous arrivez toujours à vraiment faire la part des choses? Avoir votre vie privée et celle que vous voulez mettre en lumière?

Stéphane Lambiel : "Tout à fait. J'ai une vie professionnelle et j'ai une vie privée. Et j'essaie de pas les mélanger quoi. Voilà.

Journaliste femme : "La dernière compétition, on va le voir maintenant c'était les Championnats du Monde à Calgary. Là vraiment c'est l'image de combattant qui est ressortie. Vous avez avoué après coup que c'était plus difficile Calgary que Turin. Pourquoi?

Stéphane Lambiel : "Ah. Maintenant. Peut-être que je vais revenir sur mes paroles. Calgary ce qui était différent c'est que la tension et la pression n'étaient plus vraiment pareilles. Ce qui était dûr par contre c'était de devoir défendre son titre. C'est vrai que j'avais jamais été dans cette position mais j'étais vraiment bien avec moi-même. J'étais libéré de tout le poids de cette saison olympique et puis j'ai pu me lâcher comme on le voit sur ces images.

Journaliste femme : "Ouais. D'ailleurs sur la glace il y'a eu une sacré différence... J'ai revu les images pour la première fois de Turin. C'était quand même un Stéphane Lambiel très différent au niveau de l'expression.

Stéphane Lambiel : "ben au niveau technique c'était beaucoup plus impressionnant pour moi et puis après au niveau du sentiment on voit vraiment que je suis libéré et que je peux m'envoler quoi.

Journaliste femme : "après ce titre mondial on a commencé à parler un peu d'argent autour de vous. Est-ce que ça c'est quelquechose qui vous gêne alors qu'on sait que le patinage c'est pas un sport où l'argent coule à flot contrairement au tennis ou golf par exemple?

Stéphane Lambiel : "ouais tout à fait. Je pense qu'un titre de champion du monde rapporte pas autant que peut-être une qualification en quart de finale de tennis d'un tournoi médiocre. Mais ce que je tiens vraiment à dire c'est qu'on regarde un peu l'argent que j'ai gagné cette saison, mais on voit pas ce que j'ai dépensé sur 15 ans de carrière quoi.

Journaliste femme :"L'investissement..."

Stéphane Lambiel : "L'investissement, l'investissement de mes parents et...Pas rien que l'argent. J'aime pas parler d'argent...Il faut voir aussi le temps et tout ce que mes parents ont sacrifié pour que je puisse faire mon sport et que je puisse arriver au sommet."

journaliste homme : "Rien n'est jamais véritablement acquis. Même quand on est champion du monde. Dans quel domaine est-ce que vous souhaitez progresser?"

Stéphane Lambiel : "ben je dois progresser en tout. Progresser techniquement. Je dois trouver de nouvelles chorégraphies, un nouveau projet pour la saison prochaine, pour le programme court et le programme libre. C'est clair que c'est difficile. Cette année je suis venu avec quelquechose d'assez surprenant : "un zèbre qui vole". Il va falloir faire quelquechose de encore...

Journaliste femme : "un extra terrestre"?

Stéphane Lambiel : "Ouais. La prochaine je sais pas encore ce que je vais faire. Mais ça va être quelquechose de bien j'espère

Journaliste homme : "Continuez de nous faire rêver en tous cas. Merci Stéphane Lambiel. Merci d'avoir participé à cette émission. Très bon été à vous. On se réjouis en tous cas de vous retrouver l'hiver prochain

Stéphane Lambiel : "Merci beaucoup

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Posté par Rickyy à 19:10 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Pour Tutta. Interview "Sport-Dimanche"du 9 Avril 2006

    Ooooooo!!!! And so quickly!
    Merci beacoup cher Rick!
    We shall translate it on Russian and enjoy!

    Posté par Tutta, 11 avril 2006 à 22:23 | | Répondre
  • Merci

    merci pour cette transcription de l'emission. il est toujours interessant de voir un patineur en dehors de son élément naturel : la glace !
    Il est vraiment étonnant dans tous les domaines...Une maturité digne d'un grand champion.

    Posté par cécile, 14 avril 2006 à 15:01 | | Répondre
  • C'est clair. Il est surprenant. Son discours s'adapte parfaitement à tous les types de questions. Il est intelligent, sincère...
    J'adore sa mentalité

    Posté par Rick, 15 avril 2006 à 10:10 | | Répondre
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